Vie fraternelle

Vie fraternelle

« Toutes doivent être amies, toutes doivent se chérir, toutes doivent s’entraider », insiste notre fondatrice Thérèse de Jésus, qui, pour ses filles appelées à vivre en nombre restreint, bannit avec force toute relation mutuelle basée sur l’affinité ; petits grumeaux qui génèrent injustices et divisions (Chemin de la perfection – chap. V)

« Toutes doivent être amies… » Facile ? 
« Il se trouve dans la communauté une religieuse qui a le talent de me déplaire en toutes choses »  raconte ste Thérèse de l’Enfant Jésus qui détaille ses combats… (Manuscrit C)

Un idéal commun ne robotise pas les personnalités ; différence rime vite avec dissidence.
Entre un esprit qui saisit les choses avant qu’elles  soient formulées – et donc vous coupe la parole, puisque, déjà, il sait – et son voisin, à qui échappe l’évidence, même expliquée… entre ces deux planètes peuvent surgir quelques tempêtes… plus ou moins réfrénées. Lorsque deux mains agiles dressent, en 20 minutes, une imparable logistique, si leurs voisines, à situation égale, après deux heures de laborieuses réflexions, n’ont pas encore décidé quel parti prendre…  il y a risque d’une crise de nerf flottant dans l’air… 

– Mais alors,  la vie communautaire serait-elle une ménagerie ?
– Oui… l’exacte image de celle qui habite mon cœur.
– Quelle arche de Noé pourra la sauver du naufrage ?
– Jésus, notre Arche d’Alliance, notre propitiation par le Don de sa Vie; l’Esprit Saint, arc de paix dans la nuée, notre Consolateur et Défenseur.

Quand, dans leur Lumière puissante et douce, j’aurai quelque peu sondé ma turpitude profonde, alors je pourrai, tranquillement, donner à l’autre le droit d’être aussi moche que moi. Quand j’aurai compris et accepté que l’autre n’est pas l’emplâtre dont je rêve pour colmater mes brèches (solitude, blessures), mais celui que je reçois comme étant la chair de ma chair (Gn  2, 23), c’est à dire celui dont je dois prendre soin (Eph 5 29), alors oui, il me sera une aide et non un substitut.

« Là où il n’y a pas d’amour, mettez de l’amour et vous recueillerez de l’amour » écrit st Jean de la Croix (lettre à une correspondante s’affligeant de la persécution qu’il subit).

Ce qui, entre autres choses, m’émerveille :

  •  constater comment chacune est attentive aux besoins des autres, chacune prompte à reconnaître, devant toutes, ses failles… et faillites. « L’humilité produit les mêmes effets que la charité » assure encore st Jean de la Croix (Montée du Carmel – Livre III, chap. VIII).
  • nous voir au chœur, ensemble, côte à côte (Adam et Eve ?) plongées, unies dans la louange du Seigneur -malgré tant de tiraillements internes- et ressentir presque physiquement que c’est Lui, le Seigneur, qui nous tient, construit, cimente. Toucher Sa présence sacramentelle qui transforme la nôtre en la sienne.

 

Oui, il est bon, il est doux, d’habiter en frères tous ensemble.
Psaume 132

« Dieu est une joie infinie » 
Ste Thérèse de Jésus des Andes, jeune carmélite chilienne (1900 – 1920)

Une carmélite

La vie fraternelle en communauté est un élément essentiel de la vie religieuse en général, et particulièrement de la vie monastique, cependant selon la diversité des charismes. La relation de communion est manifestation de cet amour qui, jaillissant du cœur du Père, nous inonde par l’Esprit que Jésus lui-même nous donne. Ce n’est qu’en rendant visible cette réalité que l’Église, famille de Dieu, est signe de l’union profonde avec Lui et se manifeste comme la demeure dans laquelle cette expérience est possible et source de vie pour tous.

Le Christ Seigneur, appelant certains à partager sa vie, forme une communauté qui rend visible la capacité d’une mise en commun des biens, de l’affection fraternelle, du projet de vie et d’activité. Cela leur est possible parce qu’ils ont accepté l’invitation à suivre plus librement et de plus près le Christ Seigneur. La vie fraternelle, en vertu de laquelle les personnes consacrées cherchent à former « un seul cœur et une seule âme » (Ac 4,32) à l’exemple de la première communauté chrétienne se présente comme une confession trinitaire riche de sens.

Vous, qui avez embrassé la vie monastique, souvenez-vous toujours que les hommes et les femmes de notre temps attendent de vous un témoignage de vraie communion fraternelle qui manifeste avec force, dans une société marquée par les divisions et les inégalités, qu’il est possible et beau de vivre ensemble (cf. Ps 133, 1), malgré les différences de générations, de formation et quelques fois de cultures. Que vos communautés soient des signes crédibles que ces différences, loin de constituer un empêchement à la vie fraternelle, l’enrichissent. Souvenez-vous qu’unité et communion ne signifient pas uniformité, qu’elles se nourrissent de dialogue, de partage, d’aide réciproque et d’une profonde humanité, spécialement dans les relations avec les membres plus fragiles et nécessiteux.